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Note #32 - Le Retour, le carnet de voyage

9 sept.
4 min de lecture

Lyra rentre dans son loft d'Havenport la nuit, sac au dos, la main sur le rebord de la fenêtre. Frost, le renard blanc, est assis sur la valise, Neva, la panthère des neiges, la regarde depuis le canapé, et Pixel flotte derrière la vitre.
Dimanche, mon retour... le Loft et mes familiers... Nos retrouvailles !

📍 Havenport - Loft du Quartier British - Dimanche 22 mars 2048, le soir du retour.


Dimanche 22 mars 2048. Je suis rentrée.


Le loft sentait le renfermé et la poussière tiède, cette odeur des endroits qui ont attendu. J'ai à peine posé ma valise que Frost m'a sauté dessus comme si j'avais trahi la patrie en partant. Pixel a viré au vert pomme, ce qui chez lui veut dire soulagement, puis au bleu, ce qui veut dire qu'il m'en veut quand même. Et Neva.


Neva ne s'est pas levée. Elle m'a regardée traverser la pièce, longuement, et quand je me suis assise près d'elle, elle a posé son front contre ma main, exactement comme le soir du départ. Sauf que cette fois, j'ai repensé à ce que Célestine avait vu. La bête sombre qui regarde sans bouger. Et j'ai eu un frisson, là, dans mon propre salon, la main sur le crâne de ma propre familière. Comme si je la voyais pour la première fois.


J'ai acheté un album avant de partir de là-bas. Chez Marisol Devereaux, rue Royale, dans cette boutique étroite et haute qui s'appelle Papier & Cuivre et qui sent le vieux papier, la colle chaude et l'encens. La même où j'avais pris mon carnet.


Un vrai album, épais, à la couverture de cuir râpé. Pas de fermoir. Juste un long ruban cousu dans la reliure, à nouer ou pas, comme on veut. J'ai trouvé ça délicat, de laisser le choix.


Sur le plat, un arbre est gravé dans le cuir. Les racines et les branches à peu près symétriques, comme si l'une était le reflet de l'autre. Et tout autour, des petits signes qui font le tour du cadre et que j'ai pris pour de l'ornement. Je n'ai pas cherché à les compter.


Il y en a un, en bas à gauche, qui m'a fait quelque chose. Pas grand-chose. Cette sensation que j'avais déjà eue une fois, près d'Evangeline, et que je n'avais pas su nommer non plus.


Je n'avais pas prévu d'acheter un album. C'est lui qui m'a appelée depuis la vitrine, et je commence à me méfier des objets qui m'appellent.


Marisol l'a posé sur le comptoir sans rien dire. Elle n'a pas demandé ce que je comptais mettre dedans. Elle a juste passé la main sur le cuir, une fois, comme on vérifie que quelque chose dort encore.


Je lui ai demandé s'il venait du même atelier que mon carnet. Elle a répondu qu'un album ne se ferme pas, donc qu'il n'y avait rien à forger dessus. Puis elle est retournée à sa presse.


Sur le moment, ça m'a paru une réponse de relieuse.


L'album de scrapbook de Lyra, cuir râpé et ruban noué, avec un arbre de vie gravé sur le plat, entouré de petits signes.
L'album de Papier & Cuivre. Je n'ai toujours pas compté les signes.

Demain matin, je vais commencer à le remplir. J'ai encore à faire développer les photos, les vraies, sur papier, parce qu'un voyage comme celui-là ne tient pas dans un écran. Donc je passerai prendre un café avec Théo, à la boutique. Et puis je ferai un détour à la maison de la presse dans le quartier Lionstreet pour mes photos.


Je commencerai par les lieux. La façade de la maison Beaumont et son jardin trop calme. Les néons de Nyx & Ink. Les balcons en fer forgé du centre ancien. Les assiettes de La Table des Deux Rives avant que tout le monde se serve. Puis la cour, le bassin mangé par les herbes et Bijou presque entièrement confondu avec l'eau sombre. Sur la photo, un seul de ses yeux était ouvert. J'avais posé la peluche crocodile des jumeaux près de l'image avant de comprendre que le rapprochement me mettait moins à l'aise qu'il n'aurait dû. Les passerelles de verre des Terrasses du Delta. Le bayou couleur de thé, les cyprès et la pirogue. L'entrée de L'Entre-Deux, puis l'escalier qui monte vers la maison de Séverin. La Belle Amélie dans la lumière du Mississippi.


Ensuite, j'ajouterai les gens. Zara qui rit à moitié hors cadre. Evangeline avec une main posée sur l'épaule d'Hiro. Yuto qui essaie de ne pas sourire. Les Beaumont serrés autour d'une table. Le capitaine Léo à sa barre. Ella devant un plat beaucoup trop généreux. Percy au bord du pont. Séverin, de profil, dans une lumière qu'il aurait probablement refusée s'il m'avait vue prendre la photo. Et bien d'autres, avec leurs petites histoires.


Je pense que je collerai chaque image avec des papiers, des tickets, une carte du tram aérien, une étiquette du Petit French, un ruban récupéré à bord et quelques feuilles séchées qui ne viennent pas des zones protégées. À côté, j'aimerais écrire à la main ce que les photos ne montrent pas : la sensation de l'eau noire, le poids d'un silence, le whisky ambré, le regard d'une seconde de trop et la voix de Maman revenue là où je ne l'attendais plus.


J'ai gardé volontairement deux respirations blanches. Pour Célestine, une photo seulement, avec ce qu'elle m'a laissé comprendre, noté sans chercher à l'expliquer. Pour Sainte-Agnès, une page entièrement vide. Pas de mise en scène, pas de souvenir transformé en décoration. Seulement le nom, la date et le silence... Je compléterai plus tard.


Frost s'est endormi sur l'album comme s'il approuvait ce que j'allais mettre à l'intérieur. Évidemment, je sais qu'il sent ce que j'ai vécu là-bas, me demandez pas comment, nous sommes liés.


Demain, je devrai commencer la première page, puis chaque fois que j'aurai l'envie, une nouvelle page se construira avec peut-être des petites aquarelles pour mettre en trait et sur le papier brut, tous ces moments que j'ai vécus.


Je suis rentrée. Mais je crois que j'ai ramené plus que des photos et des souvenirs. Neva me fixe sans mot dire, elle sait.

Pixel tournoie au-dessus de moi pour me dire qu'il aimerait aussi m'aider à construire cet album. Mais en attendant, je vais me poser avec eux, grignoter un peu, et me coucher.


Je rangerai ma valise et tout le reste demain matin.


L'album va commencer. Et la suite se collera page après page.


Signature de Lyra

“Visuel généré avec IA + retouches Canva.”

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