Note #31 bis - Je n'ai pas fait ma valise...
- Lyra Embercroft

- 7 août
- 3 min de lecture

📍 Nouvelle-Orléans - Le soir du cinquième jour...
Me voilà à écrire encore en pyjama, le carnet ouvert sur une nouvelle page, la peluche contre moi, l'odeur de fleurs qu'Evangeline change tous les jours comme si elle voulait me dire que chaque matin est un nouveau commencement.
Différentes fleurs et des odeurs qui me parlent tous les jours. Un message, un souvenir, une pensée...
Je n'ai pas fait ma valise.
Elle est restée ouverte au pied du lit toute la journée, avec un pull qui dépassait comme une langue et mon carnet posé dessus.
J'aurais pu commencer à plier mes vêtements. À la place, j'ai regardé la lumière se déplacer lentement sur les moulures de la chambre.
Et je n'ai presque pas dormi.
Chaque fois que je fermais les yeux, je retrouvais les flammes du rituel : leur chaleur inégale sur mon visage, l'odeur de cire mêlée aux herbes, le silence d'Evangeline et cette impression que quelque chose en moi avait répondu avant que je comprenne la question.
Trois douches n'ont pas suffi. Mes mains sentaient toujours la fumée. Ou peut-être que l'odeur n'était plus sur ma peau.
La Maison Beaumont a vécu autour de moi sans insister. Des pas dans l'escalier. Une porte refermée doucement. Le rire étouffé des jumeaux, puis le calme.
Une tasse déposée devant ma chambre sans que personne frappe. Plus loin, les vieux tuyaux et les capteurs cachés dans les murs semblaient respirer ensemble.
J'ai essayé de remettre les journées dans l'ordre.
L'arrivée.
Le café à la chicorée de Zara.
La photographie jaunie.
Yuto et cette fatigue qu'il transforme en plaisanterie.
Le bayou qui efface le passage des barques. Le regard de Célestine. Neva présente dans une vision alors qu'elle se trouve à des milliers de kilomètres.
Puis le rituel d'Evangeline, les flammes et ce battement intérieur qui ne ressemblait pas tout à fait au mien.
Tout s'était passé en quelques jours. Pourtant, allongée dans cette chambre, j'avais l'impression d'avoir vécu plusieurs semaines ou d'avoir ouvert trop de portes sans savoir lesquelles s'étaient refermées derrière moi.
Je n'avais pas faim.
Je ne voulais pas descendre et risquer une question de Zara, un regard trop précis d'Evangeline ou une remarque des garçons qui toucherait juste sans le vouloir.
Alors je suis restée au lit, à écouter la ville derrière les volets. Le grondement lointain d'un tramway. Une pluie brève contre le balcon. Le bois gonflé d'humidité.
Une musique perdue quelque part dans le quartier, quatre notes seulement, assez pour ramener un autre visage dans mes pensées.
Séverin.
Ça faisait des jours que j'y pensais sans me l'avouer.
Pas seulement à lui.
À la première fois, au verre choisi pour moi, à la dette que je n'avais pas comprise et à cette sensation désagréable d'avoir laissé quelqu'un décider avant moi.
Depuis mon arrivée, tout le monde semblait connaître une partie de l'histoire que j'ignorais. Ce soir, j'avais besoin qu'au moins une décision m'appartienne entièrement.
Quand la lumière a commencé à bleuir, je me suis enfin levée.
Baron m'a regardée traverser la cuisine sans un bruit, comme s'il savait déjà que je n'allais pas rester sage. Je lui ai laissé le fond de mon chocolat chaud et il n'a même pas eu l'air surpris.
J'ai enfilé la veste couleur nuit achetée avec Zara, glissé mon carnet dans mon sac et refermé doucement la porte derrière moi.
La maison a craqué une fois, juste au-dessus de ma tête. Pas comme un avertissement. Plutôt comme si elle prenait note.
Je n'ai pas fait ma valise.
Avant de rentrer à Havenport, j'ai quelqu'un à revoir et quelque chose à choisir.
Je vous raconterai la suite plus tard.
Pas ici.
Peut-être sur un banc, quand les premiers commerces ouvriront leurs volets et que la ville sentira le café du matin.
...la suite dans une Traversée !




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