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Note #31 ter - La Belle Amélie






« Zara accueille Lyra, valise à la main, dans la chaleur épaisse de la Nouvelle-Orléans. »
Lyra et Zara devant la Belle Amélie prête pour une mini-croisière.

📍 Nouvelle-Orléans - Samedi 21 mars 2048, dernière journée complète.


Quand je suis rentrée au petit matin avec des croissants et du bon café à emporter, je savais que même les bras chargés et la tête ailleurs, j'allais passer à l'interrogatoire. Je peux vous dire que je sentais l'alcool, le parfum de Séverin, et je ne vous fais pas un dessin : une douche était requise.


Mais à ma grande surprise, la famille m'attendait, pas de « Où étais-tu ? », pas de « Tu pues, cousine »... Non, rien, juste du jus d'orange pressé, des donuts tout chauds que Zara avait faits... J'ai déchargé mes bras avec un grand sourire, un peu pour m'excuser. Et là, des discussions ont repris comme si rien ne s'était passé. Et tant mieux...


Zara m'a lancé, avec un air de tata qui avait déjà tout un programme pour ma dernière journée, que je ferais mieux de manger et d'aller prendre une douche, sans même me regarder, tout en buvant son café. Elle a ajouté que je dormirais dans le 4x4 et que la journée allait être longue, mais riche en souvenirs.


J'ai dû piquer du nez, car je me suis retrouvée devant un embarcadère, un gros bateau devant moi, une brochure qui traînait. La bouche ouverte, je me suis crue sur les traces de Tom Sawyer.


Je sortis de la voiture pour rejoindre Zara qui discutait avec un capitaine. Elle me dit de prendre mon sac à dos, casquette et lunettes de soleil... et de monter à bord.


Je croyais embarquer pour une promenade sur le Mississippi... Mais ce fut plus que cela... Je suis montée à bord de La Belle Amélie avec mon appareil photo, mon carnet et l'idée très simple de regarder la Nouvelle-Orléans depuis le fleuve.


La grande roue rouge tournait encore comme autrefois. Seul son cœur avait changé : en 2048, la vapeur venait du soleil et de l'hydrogène. Le bateau avait gardé son rythme, ses cuivres et ce léger tremblement sous les pieds qui donne l'impression que le bois se souvient.


Le capitaine Léo connaissait le fleuve mieux que les écrans de navigation. Il modifiait parfois la route sans explication, comme Zara m'avait montré que la ville contournait certaines zones du bayou. Ici aussi, on ne passait pas partout simplement parce qu'une carte affirmait que c'était possible.


Percy racontait le Mississippi au micro. Lorsqu'il a évoqué un enfant, un radeau et une liberté trop grande pour tenir entre deux rives, j'ai entendu la voix de Maman.


Pas une voix semblable à la sienne. La sienne.

Dalia me lisait Tom Sawyer lorsque j'étais petite. Elle changeait légèrement le ton de chaque personnage et ralentissait toujours lorsque le fleuve apparaissait, comme si l'eau avait besoin de plus de place dans la phrase.


Pendant quelques secondes, le pont du bateau a disparu. J'ai retrouvé une chambre, une couverture remontée jusqu'au menton et sa voix avant que son absence ne devienne la partie la plus solide de mon enfance.


Percy a continué sans remarquer ce qu'il venait d'ouvrir.

À midi, Ella m'a donné une deuxième part de gumbo sans me demander mon avis. J'ai mangé en regardant les cyprès, les hérons et les Terrasses du Delta devenir plus petites derrière nous. Le repas avait le goût des jours passés ici : le café de Zara, le silence du bayou, les épices d'Evangeline, la musique de Séverin et toutes les questions que Célestine avait refusé de refermer.


Puis l'Habitation Sainte-Agnès est apparue sur la rive.

Le capitaine a coupé les moteurs auxiliaires. L'orchestre s'est tu. Percy a laissé son don au silence et s'est contenté de lire les noms retrouvés dans les archives, puis les mentions laissées par tous ceux dont le nom avait été effacé.


Je n'ai pas pris de photo.

J'ai regardé les cases conservées, le Jardin des Noms et la maison placée au bout du parcours, là où elle devait être : après ce qu'elle avait coûté.


Dans mon scrapbook, cette étape restera blanche.

Au retour, le fleuve avait repris sa voix ordinaire. J'avais photographié la roue, les rambardes et la lumière sur l'eau. Mais ce que je rapportais vraiment ne tenait dans aucune image.


Maman m'avait donné l'aventure et le poids de l'Histoire dans les mêmes livres. Je commence seulement à comprendre qu'elle avait peut-être préparé ma route bien avant de disparaître.


Nous sommes revenus à la maison très tard, une collation nous attendait sur la table de la cuisine, Shiro était allongé juste à côté de mon assiette. Je me suis mise à le caresser et je ne sais pourquoi, les larmes ont coulé.


Zara m'as prise dans les bras en me disant ce dernier jour était lourd de souvenirs... Elle avait tout compris. Oui, dernier jour avec ma famille, loin d'Havenport, je ne croyais pas que je pouvais autant m'attacher aux racines du bayou.


Zara me laissa, la maison était calme pour une fois, j'ai sorti mon carnet pour ne pas oublier ce moment. Et pour vous dire que cette semaine a été pour moi très importante, un virage pour mon futur et que certaines cases, noircies par mon passé, ont été mises en lumière.


Allez, un petit ronron avec Shiro et je file me coucher !


...la suite dans une Traversée !


Signature de Lyra

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