Note #33 Ter - Le début de la tournée

📍 Havenport - Vieux Port & Marina Verte - Vendredi 27 mars 2048, les jours qui suivent le retour.
Ma tournée a sauté un tour.
Ça n'était jamais arrivé. Pas une fois depuis que je la fais.
Il y a eu des semaines où je suis passée en coup de vent, des semaines où je n'ai pas pris de notes, mais il n'y a jamais eu de semaine où je ne suis passée nulle part.
Alors j'ai recommencé par le début. Ma tournée a toujours commencé par mon oncle à la Librairie Le Hibou Lettré. Je suis partie du loft tôt ce matin et donc direction le Quartier du Vieux Port, le cœur historique de Havenport-sur-Mer.
En dix minutes, me voilà sur la ruelle pavée avec ses façades à colombages et panneaux solaires. Je vois au loin un marché de producteurs se mettre en place. L'odeur de crêpes et sel marin m'avait manqué.
...Chez Silas, le matin.
Il m'a servi un café sans me demander si j'en voulais, ce qui est sa façon de dire bonjour, et il a posé un livre sur le comptoir entre nous deux. Pas pour que je le lise. Juste pour qu'il soit là. Augure n'était pas là. Silas a vu mon étonnement, tout en rangeant des livres, il m'a dit qu'Augure était à la Gazette pour un article avec Théodore Wrenwick.
Et puis il m'a raconté.
Tout. La semaine entière. Qui est passé, ce qui est arrivé, ce qu'il a rangé, ce qu'il n'a pas réussi à ranger. Silas qui parle, c'est déjà un événement en soi. Mais Silas qui parle pendant vingt minutes, sans qu'on lui demande rien, je crois que je ne l'avais jamais vu.
J'ai mis un moment à comprendre.
Il ne me racontait pas sa semaine. Il me rendait celle que j'avais ratée. Il l'avait gardée au chaud, dans l'ordre, pour pouvoir me la donner d'un bloc quand je reviendrais.
J'ai récupéré ses écrits. Ils étaient empilés à leur place habituelle, bien droits, avec quelque chose au-dessus de la pile pour qu'ils ne s'envolent pas. Une pierre plate, que je ne lui connaissais pas.
Au moment où je partais, il s'est arrêté au milieu d'une phrase. Il m'a regardée une seconde de trop.
Puis il a dit « à la semaine prochaine », et il est retourné à ses rayonnages. Je suis sortie par l'arrière sur la Rue des Brumes. D'habitude, cette ruelle est fréquentée par les livreurs, mais aujourd'hui, il y avait davantage de monde. J'ai pris la direction de la Marina Verte, Allée des Lunes, pour voir ma cousine.
L'air sentait l'herbe fraîche et l'eau salée. Je me suis arrêtée cinq minutes pour contempler la mer, ce petit port avec ses voiliers et bateaux. J'ai respiré et j'ai continué ma marche, cela me fait du bien.
...Chez Kaia, l'après-midi.
Le Jardin des Lunes sentait la terre mouillée et quelque chose de sucré que je n'ai pas identifié. Elle m'a fait du thé. On s'est assises là où on s'assoit toujours.
Elle ne m'a pas demandé comment c'était.
C'est ça, Kaia : elle attend. Elle verse, elle pose la tasse, elle laisse le silence faire le travail à sa place. Et au bout d'un moment on se met à parler tout seul, et on ne sait plus très bien qui a commencé.
Je lui ai parlé du fleuve, de la chaleur, des maisons. Je ne lui ai pas parlé de ce qui a changé, parce que je ne sais toujours pas le dire.
À un moment, elle a regardé mes mains.
Pas longtemps. Le temps d'un regard qui passe. Et elle est allée chercher du miel. Nous avons fait un passage dans le Dojo, histoire de me détendre. J'ai joué avec Jin, donné à manger aux koïs de Silas. La journée est passée trop vite...
Le carnet orange de Kaia était ouvert sur la table du salon privé. J'ai pu photographier les écrits pour les chroniques du mois, puis je l'ai rangé avec les autres. Oui, je sais où ma cousine met tous ses carnets. Nous avons grandi pratiquement ensemble sans rien nous cacher. Il y a des choses qu’on n’a jamais eu besoin de s’expliquer, et avec elle, je me sens moi-même.

Je suis rentrée à la nuit tombée, avec leurs écrits sous le bras et un bocal que Kaia m'a mis d'autorité dans le sac. Un sac de chez Cherry Blossom Treats avec les plats cuisinés que Frost et Neva préfèrent. J'ai pu parler un peu avec Joanne, une agréable discussion, en plus j'ai rencontré une de ses clientes, avec un adorable chat angora blanc. Passage obligatoire, Chez NP, mon kebab sur LionStreet. Nikos était content de me voir. Et enfin j'ai pu récupérer mes photos à la Maison de la presse avant la fermeture.
Voilà de retour au loft. Journée bien remplie. Une librairie, une maison. Un café, un thé... Puis des rencontres, des échanges... Personne ne m'a rien demandé. Je pense qu'ils attendent que je parle la première même si je sais qu'ils se doutent des évènements de la semaine dernière...
Je vais le faire, j'attends juste le bon moment...

Visuel généré avec IA + retouches Canva. - Texte corrigé avec IA, relu et validé par moi.




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