Note #33 Bis - Le Phare et les fournitures

📍 Havenport - Vieux Port et Quartier des Artistes - Mardi 24 mars 2048, le lendemain.
Mardi 24 mars 2048.
Théo est passé me prendre. Il avait dit demain. C'était demain. Nous avons pris la Navette qui nous a déposés au bout du port. Et mon Texounet, qui n'aime pas marcher, a râlé tout le long du trajet jusqu'au devant du Café.
Le Café du Phare n'a pas changé. Les murs en bois de marine, les tables dépareillées, la cheminée au fond.
Et le mur du fond est nu.
Ça m'a fait quelque chose, et je ne m'y attendais pas. En mars, mes toiles étaient accrochées là. L'accrochage le 5, le vernissage le 12 au soir. Et puis les murs se vident, parce qu'ici les expositions passent, elles ne s'installent pas. C'est la règle de la maison.
Il reste la trace des clous. Je suppose que c'est déjà beaucoup.
Derrière le comptoir, c'était John.
Lilas ne travaille pas le mardi, et il prend la relève ces jours-là. Je l'ai appris ce matin, par lui, en même temps que mon café.
« Tu reviendras. »
Il me l'avait dit au vernissage. Je ne lui avais rien répondu. Je crois qu'il savait déjà.
Théo a eu le bon goût d'aller s'asseoir plus loin, en faisant semblant de chercher une table, alors qu'il n'y avait personne.
Je me suis assise au comptoir, il y a eu quelques travaux depuis la dernière fois. C'est un second comptoir devant le mur des vernissages, avec une nouvelle baie vitrée face au restaurant "La Marinade" qui était lui aussi en construction. Le bout du Quai du Phare commence à reprendre vie.
Le Café du Phare commence à prendre du cachet en gardant son âme de l'ancien temps. John me sourit en essuyant une tasse à café et le mien était déjà devant moi.
On a parlé de rien. De la saison, du marché de producteurs, du temps qu'il fait sur le port. Des phrases pour tenir, de part et d'autre du comptoir.
La chaleur m'est montée dans la nuque.
Et la cheminée au fond, avec un bon feu qui réchauffait la salle. Mais j’étais au comptoir, loin, je sentais l’odeur du bois brûlé, pas la chaleur.
Le décalage, sans doute. Il faut quelques jours de plus pour que le corps se remette à l'heure.
Théo n'a rien dit. Mais il m'a regardée par-dessus sa tasse pendant tout le reste du café, avec cette tête qu'il prend quand il a gagné quelque chose.
John a glissé un bout de papier avec la note...
« Offerte par le Patron... Mais à condition d'un rendez-vous avec toi ! »
Je n'ai pas pu le regarder en face, je crois même que j'ai rougi. Il faisait de plus en plus chaud. J'ai ressenti quelque chose presque animal. Son regard intense sur moi, je ne savais pas comment interpréter sa demande. Théo est venu à ma rescousse.
« Moi, c'est Tex, l'ami de Lyra. Je crois qu'on s'est croisés à son vernissage, non ? »
John acquiesça de la tête sans un mot. Le téléphone se mit à sonner et John nous saluait pour nous dire que la conversation était close.
« Sauvée par le gong Lyra, on y va ? »

On est remontés ensemble. Il m'a laissée au bout de la rue, m'a dit de dire bonjour à sa sœur, et il est reparti ouvrir le Second Skin.
La Rue des Ateliers, ce sont d'anciennes usines. Des verrières, des portes trop hautes, et des odeurs qui ne vont pas ensemble : la cire, le bois coupé, quelque chose de chimique un peu plus loin.
L'Atelier des Âmes est au milieu. L'enseigne est ancienne, repeinte à la main. Le genre de nom qu'on ne choisit pas pour vendre.
Maeva m'attendait presque. Un labrador noir est venu me saluer avant elle : Maxou, qui a décidé en trois secondes que j'étais quelqu'un de bien.
À l'intérieur, c'est deux boutiques dans une. D'un côté la mercerie, les tiroirs de boutons, les bobines rangées par ton. De l'autre, sa partie à elle : les papiers, les encres, les rubans, les cires à cacheter, et des choses dont je n'ai pas su dire l'usage.
« Le stock, c'est celui de ma mère. Je n'ai fait qu'ajouter le reste. »
Elle a regardé ma veste une demi-seconde. Puis elle a ouvert un tiroir, sans s'arrêter de ranger.
« Tex m'a parlé de ta boutique, et de l'histoire de votre famille. Elle est magnifique, j'aime cette odeur de cuir ancien et de papier neuf. C'est Magique »
Maeva me fit un grand sourire et me prit par le bras pour me montrer ses dernières nouveautés. Je crois que j'ai une nouvelle amie et Maxou est bien d'accord avec moi, rien que de voir sa queue taper sur les meubles de la boutique.
J'ai pris plus que ce que j'étais venue chercher. Des papiers, de la ficelle, trois tampons, un pot de colle qui sent l'enfance et une boîte de je-ne-sais-pas-encore-quoi.
En sortant, j'ai repensé à l'enseigne. Je n'ai pas réussi à dire pourquoi, mais elle m'a rappelé quelqu'un.
Je rentre au Loft car j'ai encore des mails à pointer, préparer le blog pour les prochaines chroniques de ma famille. Et mon carnet m'attend toujours sur la table de travail. Il est encore vierge.
Maintenant j'ai de quoi le remplir.

Visuel généré avec IA + retouches Canva. - Texte corrigé avec IA, relu et validé par moi.




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