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🌊 Traversée VI · Le Goût du Whisky et de la Musique (ARC 01)

Maison victorienne double-gallery du Faubourg Marigny à la Nouvelle-Orléans au crépuscule, balcons en fer forgé fleuris, toiture végétalisée et panneaux solaires, autel à bougies sur la véranda. Lyra Embercroft, cheveux bleus et veste à capuche lumineuse, assise sur un banc avec le corbeau Nyx.
Lyra, à la tombée de la nuit, quitte en douce la Maison sous les yeux de Baron...

📍Les Traversées de Lyra · Arc 01 · Nouvelle-Orléans

Printemps 2048 · Récit de lieu, par Lyra Embercroft


Et voilà où cette envie nocturne m'a menée. Je suis retournée boire un verre.

Certaines décisions ont au moins le mérite d'être honnêtes.


Après le rituel d'Evangeline, à notre retour dans la maison encore endormie, elle m'avait servi un chocolat chaud avec des cookies et un sourire presque enfantin, comme si elle savait ce que j'avais dans la tête et ce que j'allais faire alors que moi je ne pensais à rien sauf fermer les yeux.


Nous nous étions quittées en haut des escaliers sans expliquer ce qui venait de se passer. Je pense que j'aurai droit aux questions plus tard.


Je n'avais pas dormi. J'avais gardé l'odeur de la cire et des herbes sur les mains, les deux flammes de Célestine dans un coin de la tête et cette sensation étrange d'avoir laissé une partie de moi près du cercle rituel.


Toute la journée, j'avais tourné dans mon lit, écouté la Maison Beaumont respirer et attendu que mon corps comprenne avant ma tête. Je ne voulais pas subir d'interrogatoire, ni voir du monde, ni sortir de ma chambre. Un besoin de rester seule. Je ne sais pas pourquoi.


Quand la nuit est tombée, je n'avais plus envie de rester enfermée avec toutes ces questions. Trop de pensées et pas de réponses...


J'ai enfilé la veste couleur bleu nuit achetée avec Zara, glissé mon carnet dans mon sac et quitté discrètement la maison. Je savais qu'elle avait noté mon départ. Cette vieille bâtisse étrange sait toujours qui franchit son seuil.


Un chocolat chaud et des cookies m'attendaient à côté de Baron, je savais qu'Evangeline avait vu clair dans mon esprit et l'attention m'a touché. Une caresse à Baron en lui déposant le mug à côté en laissant un fond dedans. Je ne sais pas si les serpents du bayou aiment le chocolat.


Je suis enfin seule, à marcher dans une nuit étoilée et calme, je crois entendre des grillons au loin se mêlant à un air de saxophone.


La Nouvelle-Orléans brillait sous l'humidité avec ses pavés sombres, son fer forgé, le tramway silencieux et ses belles façades patinées. Au loin, les Terrasses du Delta formaient une constellation de verre solaire au-dessus des marécages.


J'ai senti quelque chose en moi, de l'excitation comme quand on sort en douce de la maison pendant que les parents dorment... Sauf que je l'imagine puisque je n'ai pas vécu cela.


Le Passage Saint-Lazare était plus sombre que dans mon souvenir. Séverin a ouvert avant mon troisième coup. Il n'a pas demandé pourquoi j'étais revenue.


Cette fois, j'ai commandé moi-même mon whisky. Il s'est assuré que je savais ce que j'acceptais. Je le savais. Surtout, le choix venait de moi.


Nous avons parlé par fragments pendant qu'il travaillait : Havenport, Zara, les jumeaux. Son visage s'est refermé lorsque j'ai évoqué la fatigue de Yuto. Je n'ai pas insisté.


Après le départ des derniers clients, Séverin a verrouillé la porte et m'a invitée à rester. Je n'avais curieusement pas peur. Je savais qu'il était un vampire. Et lui savait, je crois, ce que j'étais : une louve qui ne se maîtrise pas encore tout à fait.


Un vampire et une lycanthrope, ce n'est pas exactement un mélange classique chez les créatures de la nuit, à part dans une série que je regardais en cachette, ado, où ça finissait plutôt bien pour ce genre d'histoires impossibles.


Puis il a joué. Un morceau lent et chaud, construit autour d'une note qui revenait toujours comme si elle m'attendait. Une sensation étrange que je ne connaissais pas. Oui j'ai eu des aventures, souvent sans attaches, femmes ou hommes. Mais jamais je n'avais ressenti cela, c'était profondément ancré en moi. Une attirance physique, animale, mais pas que cela. Comme si mon sang avait une mémoire, je ne saurais pas l'expliquer.


Nous avons dansé entre les tables vides. Avant de m'embrasser, il s'est assuré que je ne pourrais pas confondre son désir avec une règle du lieu. Il m'a demandé clairement mon accord.


J'ai dit oui.


Maison victorienne double-gallery du Faubourg Marigny à la Nouvelle-Orléans au crépuscule, balcons en fer forgé fleuris, toiture végétalisée et panneaux solaires, autel à bougies sur la véranda. Lyra Embercroft, cheveux bleus et veste à capuche lumineuse, assise sur un banc avec le corbeau Nyx.
Lyra et Severin, seuls dans le bar. Une romance commence pour le reste de la nuit !

Le premier baiser avait le goût du whisky et de la musique. Rien ne s'est imposé. Chaque geste attendait le suivant.


Près du passage privé, Séverin s'est arrêté. Derrière cette porte, ce ne serait plus le club qui m'accueillerait. Ce serait lui. Il m'a demandé une seconde fois si je voulais monter.


J'ai pensé à Havenport, à mon départ proche et à toutes les décisions reportées en attendant une certitude impossible. J'ai pris sa main. La porte s'est refermée derrière nous.


La suite appartient à la lumière basse, aux gestes demandés avant d'être offerts et au saxophone resté seul près du bar.


Au matin, Minuit m'observait depuis un angle de la pièce. Lorsqu'il a ouvert les yeux, j'ai senti une reconnaissance brève dans l'ombre, comme s'il avait déjà rencontré une part de moi avant ma naissance. Puis le moment a disparu.


Séverin et moi n'avons pas donné de nom à ce qui venait de commencer. Nous avons seulement reconnu que cette nuit n'était pas un accident et que mon départ ne serait pas une fin. Et cela m'a beaucoup plu, la première fois où je sentais à ma place.


Et me voilà sur un banc dans la rue principale, je vois l'agitation derrière les rideaux des commerces, quelques volets s'ouvrent au rythme du soleil levant.


Une odeur de café me parvient, je ferme les yeux. J'avais déjà mon carnet ouvert, et je note ce souvenir.


Car les écrits restent, et les mots s'envolent... et je refuse que ce souvenir d'une nuit pas comme les autres, ne parte loin de mon cœur !


Sur le chemin du retour, je passerai bien prendre des cafés à emporter, du vrai café pas de la chicorée, avec des viennoiseries à la française car j'ai repéré une boulangerie made in France la dernière fois.


Je sens que je vais devoir répondre à de multiples questions !



La première fois, il avait choisi mon verre.
Cette fois, j'avais choisi de rester.

À bientôt, des pages blanches n'attendent que d'être remplies...


Signature de Lyra


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