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🌊 Traversée IV · Le Bayou à l'aube (ARC 01)

Dernière mise à jour : il y a 6 jours

Maison victorienne double-gallery du Faubourg Marigny à la Nouvelle-Orléans au crépuscule, balcons en fer forgé fleuris, toiture végétalisée et panneaux solaires, autel à bougies sur la véranda. Lyra Embercroft, cheveux bleus et veste à capuche lumineuse, assise sur un banc avec le corbeau Nyx.
Lyra avec Zara dans le Bayon en direction de la Maison de Mambo Célestine...

📍Les Traversées de Lyra · Arc 01 · Nouvelle-Orléans

Printemps 2048 · Récit de lieu, par Lyra Embercroft



Voilà le grand jour...

Tant redouté, mais aussi impatiente d'en savoir plus. Après un début de semaine de découvertes humaines et touristiques, je dois maintenant prendre sur moi pour avancer dans mes traversées.


On est parties avant le jour.

Zara n'a pas mis la radio. Elle qui parle tout le temps, elle a conduit en silence, les deux mains sur le volant, et c'est ce silence qui m'a fait comprendre où on allait vraiment.


On ne va pas voir Mambo Célestine comme on rend visite à une grand-tante. On y va comme on se rend à un rendez-vous qu'on a trop repoussé.


La route s'est rétrécie, puis elle a cédé la place à un chemin de terre, puis le chemin lui-même a renoncé. Il y avait une barque qui attendait, attachée à un ponton qui ne tenait plus à grand-chose. Un homme que je ne connaissais pas tenait la perche. Il ne m'a pas regardée. Il a regardé Zara, il a hoché la tête, et on est montées.


L'eau du bayou ne ressemble à aucune eau que je connais. Elle est lourde, immobile, couleur de thé trop infusé. Elle ne reflète pas le ciel, elle l'avale. La barque la fendait sans un bruit, et chaque coup de perche ouvrait un sillon qui se refermait aussitôt derrière nous, comme si l'eau effaçait notre passage à mesure.


Les arbres se sont penchés sur nous. Des cyprès énormes, les pieds dans l'eau, drapés de mousse grise qui pendait comme des cheveux de noyés. La brume tenait à mi-hauteur, ni au sol ni dans les branches, suspendue, indécise. Il faisait cette heure qui n'a pas encore de nom, où la nuit a lâché prise mais où le jour n'ose pas encore.


Tout ça vivait. C'est la chose qui m'a serré la gorge. Ce n'était pas un décor. Des choses bougeaient sous la surface, des choses appelaient depuis les berges, un oiseau a crié une fois, très loin, et puis plus rien. Le silence qui a suivi pesait plus lourd que le cri.


À Havenport, j'aurais eu Neva.

Je ne peux pas m'empêcher d'y penser, à chaque endroit qui me dépasse. Neva aurait marché à la proue de cette barque, immobile, le regard fixé sur quelque chose que je n'aurais pas vu, et j'aurais su, rien qu'à la ligne de son dos, s'il fallait avoir peur. Elle connaît ce genre de lieux. Elle connaît surtout ce qu'ils cachent. Je l'ai laissée au nord, dans un loft trop calme, et là, sur cette eau noire, j'ai compris à quel point je m'appuie sur elle sans jamais le dire. Sans elle, je devais sentir les choses moi-même. Je n'étais pas sûre d'en être capable.


J'ai laissé traîner mes doigts au bord de l'eau. Zara a posé sa main sur mon bras, doucement, et l'a remontée. Elle n'a rien expliqué. Dans ce genre d'endroit, on garde ses mains pour soi, voilà tout.


La lumière a fini par venir. Pas un lever de soleil, rien d'aussi franc. Une pâleur qui a gagné la brume par en dessous, qui a rendu les troncs plus noirs et l'eau plus profonde. Des libellules sont apparues, immobiles dans l'air, comme posées sur du verre. Quelque part, une cloche d'église perdue a sonné une fois, et je me suis demandé qui pouvait bien aller à la messe ici, et pour prier quoi.


J'ai pensé à Maman.


Maison victorienne double-gallery du Faubourg Marigny à la Nouvelle-Orléans au crépuscule, balcons en fer forgé fleuris, toiture végétalisée et panneaux solaires, autel à bougies sur la véranda. Lyra Embercroft, cheveux bleus et veste à capuche lumineuse, assise sur un banc avec le corbeau Nyx.
Devant le refuge de la Matriarche , Lyra et Zara attendent avant de rentrer...

Je ne saurais pas dire pourquoi, à ce moment-là précisément. Peut-être parce que c'est le genre d'endroit où l'on finit par penser à ceux qui manquent. Peut-être parce qu'une partie de moi se demandait si elle était passée par là, elle aussi, un jour, sur une barque comme celle-ci, en route vers une femme qui voit. Zara fixait l'eau devant nous. Je n'ai pas posé la question. J'apprends.


Et puis la maison est apparue.

Elle s'est détachée de la brume d'un coup, comme si elle avait décidé de se laisser voir. Une bâtisse de bois sur pilotis, penchée vers l'eau, un perron, des plantes en pots, du linge qui ne séchait pas dans cet air humide. Un chat efflanqué montait la garde sur la dernière marche, et il nous regardait venir sans bouger une moustache, exactement comme l'aurait fait quelqu'un que je connais.


La barque a touché le ponton. Zara a inspiré, longuement, comme avant de plonger.


Je suis venue de très loin pour cette femme. Je n'avais plus qu'à descendre et à frapper. La peur et l'excitation me déchiraient le bas du ventre, j'avais l'impression que j'allais vomir ma chicorée du matin.


Neva me dirait de prendre sur moi et d'affronter ça avec calme et respect, sauf que je ne suis pas patiente et encore moins soft. Je vous en dirai plus quand je serai un peu plus moi-même...


Il y a des endroits qui te demandent de te taire avant même d'y entrer. Le bayou est de ceux-là.

À bientôt, des pages blanches n'attendent que d'être remplies...


Signature de Lyra

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