Note #4 - Le thé de Bjorn
- Lyra Embercroft

- il y a 4 jours
- 3 min de lecture

📍 Havenport-sur-Mer, Quartier British — Fin d'après-midi le Samedi 8 février 2048
En fin de journée, il y a un rituel que je ne saute jamais.
Je range mes affaires, je ferme les dossiers, je laisse Pixel compter ce qui reste à faire.
Puis je prends la route... enfin, je descends les escaliers ... l'ascenseur marche, mais ça me fait faire un peu de sport...
Quoique avec les entraînements de Kaia, je n'en ai vraiment pas besoin de plus, surtout que là je sens que ça tire un peu.
Bjorn, mon père, n'habite pas en ville.
Il dit que le béton fatigue l'instinct.
Je le crois sur parole.
Parfois selon l'heure, je le rejoins à son atelier qui est dans mon quartier, ou quand ma journée est longue, je l'appelle et il m'attend pour aller chez lui afin que je me ressource loin du tumulte de la ville...
Quand l'heure est vraiment trop tardive, je prends le train et je le rejoins chez lui avec un repas du traiteur du coin afin de partager un moment avec lui... (en dehors des week-ends à thème pêche et balade en forêt).
Aujourd'hui, j'ai décidé de finir plus tôt et d'aller le retrouver à pied à son atelier.
L'atelier est encore ouvert quand j'arrive.
Des odeurs de bois, de terre humide, de métal tiède.
La forêt n'est jamais loin. On la sent même quand on ne la voit pas.
Je monte à l'étage... Les marches en bois grincent, cela me rappelle que celles de Silas font le même craquement.
Plus je monte, plus je sens la chaleur du poêle du rez-de-chaussée qui m'enveloppe. Il fait si bon dans son antre de Bâtisseur.
Bjorn prépare le thé, je m'approche... J'hésite entre me mettre dans le fauteuil en cuir vieillissant, rester debout contre le comptoir du bar en bois minuscule ou m'asseoir sur une caisse retournée.
Il ne demande pas comment s'est passée ma journée.
Il le saura de toute façon, plus tard, quand je parlerai… ou pas.
Le thé est toujours trop chaud. Trop fort. Parfait.
Bjorn parle peu.
Il construit, répare, ajuste.
Il laisse l'instinct faire le reste.
Vargr passe près de moi sans un bruit.
Il me jauge.
Puis il s'allonge sur son coussin noir entouré de plantes, satisfait de son coin aménagé.
Je prends ça pour une validation officielle, donc je reste debout finalement car la caisse n'a pas l'air très confortable, et mon père s'est déjà installé dans son fauteuil... La galanterie Nordique !
On ne reste pas longtemps.
Juste le temps qu'il me rappelle, sans mots inutiles, que l'ancrage est aussi important que l'élan.
Que la magie commence souvent par savoir où poser les pieds.
Et puis me demande si sa recette a fait des vues sur mon blog ?
— Euh, Oupsss, comme j'ai pris du retard papa, papounet... euh non papa, pardon... je ne l'ai mis que ce matin car hier déjà j'ai dû mettre celui de Kaia que j'avais laissé en plan sur mon bureau.
— Humm, tu l'as oublié le sien aussi, n'est-ce pas ?...
Un silence s'installe, Bjorn lit en moi comme dans un livre ouvert... Toujours franc, sans demi-mesure, mais je sais qu'il m'aime et pour rien au monde je ne voudrais qu'il change... Mon père, cet homme bourru mais avec un cœur si tendre (son cœur qui a été brisé au départ de ma mère...)
— Finis ta tisane, elle te fera du bien... Et je vais te donner un petit sachet de thé pour améliorer ta concentration.
Quand je repars, la lumière baisse déjà.
La ville respire plus fort, elle prend une nouvelle facette, celle du tumulte d'un quartier plein de vie, les restaurants, les bars sont ouverts, j'entends les rires, je sens les odeurs de nourriture... Cela me donne faim.
Derrière moi, j'entends Bjorn qui ferme la devanture.
La tradition est respectée.
La journée peut se terminer.
Aujourd'hui, je vais prendre le repas chez ma grand-mère maternelle, Basira...
J'ai hâte de savoir ce qu'elle m'a préparé de bon !
... la suite sur mes prochaines notes !





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