Le Carnet des Jardins de Kaia ... Poser le souffle.
- Lyra Embercroft

- il y a 4 jours
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 3 jours

Poser le souffle🌸... - CARNET BLEU DE JANVIER
📍 Havenport-sur-Mer, La Marina Verte — Le futur écolo - Fin Janvier 2048
Fin janvier.
Dehors, l'air est net, presque tranchant. Le jardin japonais est immobile, lavé par le froid : les pierres sont sombres, le gravier garde les traces fines des pas, et les branches nues dessinent dans le ciel des calligraphies sans encre.
Je traverse tout ça lentement, comme on entre sur un tatami.
Sans brusquer la saison.
Dans la serre, c'est un autre monde.
La buée colle aux vitres.
La lumière tombe bas, couleur miel pâle.
Ça sent la terre humide, le bois, et cette promesse discrète que seuls les jardiniers entendent.
Jin me suit, plus silencieux que d'habitude. Il a chipé une orange ... évidemment ... et la tient entre ses dents comme un petit soleil personnel.
Janvier n'est pas un mois qui crie.
Il chuchote.
Et, en cette fin de mois, je fais comme lui : je baisse la voix.
🦊 Qui je suis (et pourquoi j'écris ici)
Je m'appelle Kaia.
J'ai 35 ans.
Je suis herboriste et puéricultrice.
Je suis aussi la fille de Silas ... l'Ermite qui connaît les saisons comme on connaît les histoires ... et la cousine de Lyra.
Sur le blog de Lyra, j'ouvre une rubrique à part : Le Carnet des Jardins de Kaia.
Un carnet pour celles et ceux qui aiment la terre, mais qui savent aussi que tout commence dans l'invisible.
Du côté de mon père, j'ai hérité d'une culture asiatique et d'une façon d'être au monde plus zen que décorative.
Une sagesse qui ne se prend pas trop au sérieux, mais qui sait écouter.
Et puis il y a les arts martiaux. J'y ai grandi.
Le jardin et le dojo ont un point commun : on n'y force rien, on y répète, on y respecte le bon timing.
Jin, mon familier renard des sables, n'a aucun sens du timing.
Il a, en revanche, un talent rare pour sentir quand je commence à trop réfléchir.

🌿 Mon jardin, version janvier
Mon jardin n'a rien d'un décor figé.
Il vit en couches.
Il y a : un coin jardin japonais, où j'apprends l'art du vide (et l'art de ne pas vouloir tout remplir) ; un potager, plus franc, plus direct, où la terre ne ment jamais ; une serre, mon refuge, mon atelier de patience.
En janvier, les plantes semblent immobiles. En vrai, elles travaillent en silence.
Moi aussi.
Je passe beaucoup de temps à faire des gestes simples, presque rituels : vérifier les stocks de graines, nettoyer les pots, remettre de l'ordre dans les outils, relire mes notes de l'an dernier, sans jugement.
Jin, lui, a surtout "aidé" à sa manière.
🦊 « Janvier, c'est l'entraînement. Février, c'est le premier mouvement. » Il a dit ça… puis il a essayé de creuser dans un bac vide.
🍊 La fin de janvier ... poser le souffle
Je note ici la fin de mois comme on ferme un livre sans le claquer.
Le jardin japonais m'a rappelé cette idée : la beauté n'est pas dans la quantité.
Elle est dans la place qu'on laisse aux choses.
Alors je ne force rien.
Je prépare.
J'ai déjà commencé à dessiner février dans ma tête : les premiers vrais semis qui vont demander de la rigueur, les achats de graines à ne plus repousser, l'organisation de la serre, pour qu'elle m'aide au lieu de m'encombrer.
Mais ça, je le raconterai dans le prochain carnet.
Ce soir, je reste en janvier avec quelques esquisses de plantes, de fleurs, d'insectes... Mais aussi des croquis de mes légumes avec quelques recettes que je vais expérimenter.
Oui j'invente et je vie de mon petit trésor vert...
Je range une dernière fois.
Je respire.
Jin s'assoit, son orange entre les pattes, et me regarde comme si tout était déjà prêt.
Peut-être qu'il a raison.

Dans une heure, j'ai rendez-vous avec Lyra pour mon cours de Tai-chi.
J'aime ce moment-là : la lenteur qui n'est pas paresse, le geste qui ressemble à de l'eau, et le souffle qui remet tout à sa place.
Mais avant de partir, je glisse encore dans la serre.
Je coupe quelques herbes aromatiques ... juste ce qu'il faut.
Un peu de persil.
Une poignée de coriandre.
Deux brins de ciboulette.
Ce soir, je dîne avec papa Silas.
Et je sais déjà la suite du programme : aller le chercher, encore.
Le déloger de son antre, de ses potions et de ses baumes d'herbes, et de ses parchemins anciens, comme on ramène un esprit dans la cuisine.
Jin remue la queue, l'orange toujours serrée entre les dents, comme s'il disait :
« On y va ? »
À demain, février.




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