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Traversée I · L'Arrivée (ARC 01)

Maison victorienne double-gallery du Faubourg Marigny à la Nouvelle-Orléans au crépuscule, balcons en fer forgé fleuris, toiture végétalisée et panneaux solaires, autel à bougies sur la véranda. Lyra Embercroft, cheveux bleus et veste à capuche lumineuse, assise sur un banc avec le corbeau Nyx.
Maison victorienne double-gallery du Faubourg Marigny à la Nouvelle-Orléans au crépuscule, balcons en fer forgé fleuris, toiture végétalisée et panneaux solaires, autel à bougies sur la véranda. Lyra Embercroft, cheveux bleus et veste à capuche lumineuse, assise sur un banc avec le corbeau Nyx.
📍Les Traversées de Lyra · Arc 01 · Nouvelle-Orléans
Printemps 2048 · Récit de lieu, par Lyra Embercroft


J'ouvre un nouveau carnet, celui des Traversées. Une envie de poser mes nouvelles aventures, mes voyages, mes histoires de famille par-delà les frontières d'Havenport. À la différence de mes Notes, qui sont plus le reflet de mon carnet intime, ou plutôt du social, de ma petite vie banale et de mon quotidien. Là, c'est concret. C'est un nouveau chapitre qui s'ouvre, où je vais dévoiler un peu plus qui je suis réellement.


Lyra Embercroft à la Nouvelle-Orléans... je ris toute seule. Ça me fait penser aux livres que j'avais lus à la médiathèque de Lion Street. Martine, à la ferme. De vieux livres de jeunesse d'une autre époque, restés dans mes souvenirs. Bon, je ne sais pas si Martine a fait le tour du monde, je ne m'en souviens plus. Me voilà à penser tout haut dans la chambre d'amie de la maison victorienne de ma Tante Zara dans le Faubourg Marigny.


Un petit moment seule, avant le repas, au milieu de mes valises ouvertes, sans mes familiers. Peut-être que ça va me permettre de m'ouvrir un peu plus, et surtout de vous faire vivre, à travers mes écrits, ma vie pas si ordinaire, apparemment.


Allez, je commence, avant que Zara m'appelle pour descendre les rejoindre. La première fois que je suis venue ici, j'étais jeune et je ne savais rien. Je suis repartie avec mes premiers tatouages et l'impression d'avoir mué. La ville fait ça. Elle te prend telle que tu es et te rend un peu autre.


Cette fois, je suis venue parce qu'on m'a fait venir. La chaleur m'a reconnue avant même que je sorte de l'avion. Elle est entrée par la passerelle, elle a glissé sous mon col, elle s'est posée sur ma nuque comme une main qu'on connaît.


À Havenport, l'air te tient à distance. Ici, il te touche tout de suite, sans demander. L'air y est différent. Épais, chaud, vivant. Comme si la ville respirait avec toi, et qu'elle avait décidé de respirer plus fort que prévu.


Le plus étrange, c'est le silence à mes côtés. Pas de Frost qui tourne dans le sac, pas de Pixel qui ronchonne, pas de Neva. Je les ai laissés à Havenport, et c'était la première fois.


Hier encore, Neva a posé son front contre ma main, longtemps, sans un geste, et j'ai compris que c'était sa manière de me dire de faire attention. Traverser un aéroport sans eux, c'est marcher en ayant oublié une partie de mon propre corps.


Zara attendait après les portes vitrées. La première chose que j'ai vue, c'est Basira. Le même port de tête, la même façon de te jauger en une demi-seconde. Sauf que Zara est plus jeune, plus vive, et qu'elle sourit là où ma grand-mère se contente de plisser les yeux. Nyx était sur son épaule, son corbeau aux reflets violets, immobile comme un bijou trop intelligent.


Elle m'a serrée fort. Elle a pris mon sac sans demander, elle a parlé du trajet, de la chambre qu'elle m'avait gardée, de la chaleur qui n'allait pas tomber avant des semaines. Du concret. Du facile.


J'ai prononcé le prénom de ma mère une fois, dans la voiture. Juste pour voir. Zara a regardé la route. Elle a hoché la tête, elle a dit un mot sur le trafic, et le prénom est resté suspendu entre nous comme une fumée qu'on n'évente pas.


Je connais ce silence. Basira le fait aussi. Toute la famille semble s'être mise d'accord, un jour, pour ne jamais parler de Dalia. On a roulé vers la ville et je l'ai laissée revenir à moi.


Le fleuve d'abord. Énorme, brun, lent, une odeur d'eau lourde et de vase tiède qui te rentre dans la gorge. Puis les rues. Du fer forgé partout, des balcons qui débordent de plantes, et entre tout ça les toitures vivantes et les panneaux solaires qui boivent la lumière sans rien retirer à la vieille peau de la ville.


En 2048 comme avant, la Nouvelle-Orléans a trouvé le moyen d'avancer sans renier d'où elle vient. Tout sentait quelque chose. Le sucre brûlé d'un stand de beignets. Les fleurs trop mûres. Le café fort, à toute heure.


Et quelque part, sous une enseigne au néon, cette odeur d'encre et de désinfectant qui m'a ramenée d'un coup à la première fois, à l'aiguille qui mordait ma peau et à la gamine que j'étais, persuadée de tout savoir.


Chaque départ est une initiation. Chaque ville une salle de classe. Et oui, la Nouvelle-Orléans a ses propres sorts.


J'ai senti le premier le soir, sur le seuil de la maison de Zara, quand les cigales ont remplacé les moteurs. La nuit ne tombait pas vraiment. Elle s'épaississait, comme l'air. Et dans cet épaississement, il y avait une attente qui n'était pas la mienne.


Quelque part au bord du bayou, une vieille femme savait que j'étais arrivée. C'est elle qui m'avait fait venir. Pas Zara, pas le hasard. Elle.


Je n'avais même pas défait ma valise, avec les sculptures de Bjorn calées entre mes vêtements et les fioles que Kaia et Silas avaient préparées, que je savais déjà une chose. Je n'allais pas repartir de cette ville comme j'y étais entrée.


La première fois, elle m'avait rendue un peu autre. Cette fois, j'avais le sentiment qu'elle allait me rendre à moi-même. Et ça, bizarrement, ça me faisait plus peur.


Chambre d'amie victorienne au crépuscule, fenêtre ouverte sur un balcon en fer forgé et le ciel violine. Lyra Embercroft, cheveux bleus et tatouages, assise sur le lit écrit dans son carnet, près d'une peluche crocodile et d'un coussin cœur bleu. Roses jaunes, valise ouverte et fioles lumineuses.
Chambre d'amie victorienne au crépuscule, fenêtre ouverte sur un balcon en fer forgé et le ciel violine. Lyra Embercroft, cheveux bleus et tatouages, assise sur le lit écrit dans son carnet, près d'une peluche crocodile et d'un coussin cœur bleu. Roses jaunes, valise ouverte et fioles lumineuses.

Voilà. Je regarde mes affaires encore en vrac, l'armoire et la commode ouvertes, qui attendent que je m'installe. Zara avait mis des livres sur l'étagère, et je sais qu'elle l'a fait pour moi, car ce n'est pas son genre de récits. Un bouquet de roses jaunes sur le bureau, avec des blocs à dessin et des craies d'art.


Je scrute la pièce et je sais qu'elles m'attendaient avec impatience, car tout était en place pour que je me sente chez moi. Même une peluche trônait sur le lit, un crocodile, étrange à mon goût, mais sûrement un présent de mes cousins. Et un coussin en forme de cœur, bleu. Oui, ma couleur.


Une touche de féminité... ça, c'est tout Evangeline. Les fleurs, le coussin, ces petites attentions, c'est ma tante Evangeline tout craché, la femme de Zara. Parce que tante Zara, elle, est plutôt du genre masculin, je ne vous fais pas un dessin : les fleurs, c'est pas son truc ! En parlant du loup, Zara crie mon prénom comme si j'étais sourde.


Bon, je vais terminer sur ces derniers mots. Je vous raconterai sûrement le repas, mes ressentis sur mon arrivée aussi... ici, ou sur mes Notes. Et peut-être un album scrapbooking avec de belles photos et quelques lignes. Je ne sais pas encore, ça viendra quand il faudra.


A bientôt, des pages blanches n'attendent que d'être remplies...

Signature de Lyra

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