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Note #27bis - Chez Basira

Lyra Embercroft prépare sa valise pour la Nouvelle-Orléans. Frost est installé dans la valise ouverte. Pixel brille de son bleu mélancolique. Neva veille.
Lyra qui se faufile par le portillon d'une cour privée derrière la ruelle de la Boutique pour rejoindre le jardin privatif de Basira
📍 Havenport-sur-Mer, Le Quartier des Artistes "Bohème cosmopolite" - Lundi matin, 16 mars 2048

Je n'avais pas prévu d'y aller. Je devais me rendre à l'aéroport sans me retourner. J'ai laissé Neva, Frost et Pixel chez ma voisine, pour que le départ soit moins difficile, pour eux comme pour moi.


Mais voilà : avec ma valise et mon sac à dos, chargée comme une mule, devant l'arrêt du tramway à lire les horaires, mes pieds m'ont menée à l'Impasse du Chat Noir, comme si mes semelles connaissaient le chemin mieux que moi.


On n'entre pas chez Basira par la boutique. Si tôt le matin, la Ruelle de l'Œil est déserte, à part les odeurs des tartes de la voisine de ma grand-mère et le facteur qui court en pestant derrière son drone. Elle n'ouvre pas avant 10h, le temps de mettre en place ses étalages et de faire ses tirages de cartes aux clients, qui eux passent par l'Impasse du Chat Noir. Un accès arrière discret : porte sobre, ruelle étroite et sombre.


Mais il était à peine 6h du matin, et je savais que là aussi la porte serait close. Il y a un autre accès, par la Ruelle de l'Œil : un portillon, des escaliers en pierre qui descendent derrière, vers une petite cour intérieure où pousse un figuier dans un pot trop petit. La cour sent le bois chaud et la résine. En longeant le corridor pavé qui la prolonge, le long des murs couverts de glycine sauvage, on tombe sur la cour privée de Basira. Personne n'est au courant. Moi si.


J'ai traversé la terrasse sous l'odeur du jasmin, ouvert la porte du couloir qui mène au petit salon. Il faudra que je rappelle à ma grand-mère qu'elle devrait quand même fermer ses portes à clé. Cléo était sur l'accoudoir du fauteuil d'Aldric. Elle m'a regardée entrer comme si elle m'attendait depuis la veille.


Basira ne m'a pas demandé pourquoi je partais si tôt, ni pourquoi j'arrivais chez elle à la lueur du petit matin, ni même comment j'avais fait pour entrer.


Elle ne pose jamais ce genre de questions. Elle m'a servi un thé que je n'avais pas demandé, et elle a parlé d'autre chose : de la pluie sur les galets des plages de son enfance, d'un marché qu'elle avait visité en Turquie il y a longtemps, avec mon grand-père.


Elle a parlé de tout, sauf d'une seule chose. Le nom de Zara n'est pas tombé une fois. Je l'ai senti flotter dans la pièce, comme une chaise vide que personne n'ose approcher. Je n'ai pas insisté. On n'insiste pas, avec Basira. On attend, et un jour, peut-être, ça vient.


Au moment de partir, elle a pris ma main. Elle a posé quelque chose dedans, sans explication. Une carte du dieu Horus, un jeu que je n'avais jamais vu, car ma grand-mère est une descendante de la déesse Bastet. C'est très mystérieux. Je comprends maintenant pourquoi j'ai eu envie de venir jusqu'à elle ce matin, avant de prendre l'avion.


J'ai voulu la retourner. Elle a posé deux doigts dessus.

« Pas maintenant, elle a dit. Tu la retourneras quand tu sauras. »


J'ai demandé quand je saurais. Elle a souri. Ce genre de sourire qui ne répond pas, mais qui dit quand même quelque chose.


Sur le pas de la porte, elle a posé sa main sur ma joue. Elle sentait le jasmin et la cire.

« Reviens vite, mon oiseau du Nil. »


Juste ces quelques mots. Mais il y avait tout dedans.

La carte est toujours dans mon carnet. Face cachée. Je ne l'ai pas retournée.

Pas encore...


Je pris une navette de quartier pour rejoindre rapidement le Quai du tramway solaire, et ne pas rater mon départ. Pixel a appelé pour moi : on est encore connectés. Ça va me faire drôle de ne plus l'entendre dans ma tête, une fois là-bas.


C'est ORIN qui me transporta, juste à temps pour prendre mon train. Direction Bellerive-sur-Mer : c'est là-bas, à l'Aéroport Solaire, que je m'envolerai vraiment. Me voilà installée dans un siège côté fenêtre, où j'écris cette dernière note sur le départ d'Havenport !


... la suite sur ma prochaine note !

Signature de Lyra

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