Les Notes #21 - Le Boudoir de Basira
- Lyra Embercroft

- il y a 3 jours
- 4 min de lecture

📍 Havenport-sur-Mer, Le Boudoir de Basira - Lundi soir, le 02 mars 2048
Avant d'aller prendre le repas chez ma grand-mère, passage obligatoire au loft pour déposer mon sac à dos, récupérer Neva et Pixel. Et surtout prendre un douche et me faire belle pour ma petite soirée familiale.
Et nous voilà dans la rue principale, les commerces de jour ferment leur devantures, les vitrines s'éteignent en laissant juste les néons exposés des lumières artificielles, et les restaurants et bars, eux, commencent à se remplir.
Les odeurs de la nuit s'installent, que j'aime ce moment là. Surement mon côté créature de la nuit qui prend le relai. Pixel me fait le résumé des news, Frost raconte sa journée à Neva.
Et moi, j'écoute sans vraiment le faire, car je suis dans ma bulle, trop de choses dans ma tête en ce moment.
Nous sommes arrivés dans la ruelle... L'encens de myrrhe et de santal. Ça, c'est avant même d'entrer.
Ça filtre sous la porte.
Ça dit : tu es attendue. Entre.
Basira était dans son fauteuil de velours grenat.
Robe sombre. Bijoux d'or.
Ce maintien qu'elle a toujours - comme si elle portait quelque chose d'ancien et d'invisible sur les épaules.
Cléo était sur le pouf à côté d'elle. Le lynx noir m'a regardée entrer.
Ses yeux dorés avec une intensité bienveillante. Comme toujours.
Je crois qu'elle est plus contente de voir Neva et Frost que moi.
Ma grand-mère m'invite sans mots, à m'installer en face d'elle. Cléo, Neva et Frost, eux, préfère aller dans le coin égyptien, avec des tas de coussins de couleurs, près du petit brasero qui brule sur la table basse.
L'ambiance est là, Basira n'a rien oublié, les bougies, les cristaux, l'encens et je sens une odeur d'un plat qui mijote sur le feu.
Elle me regarde avec un léger sourire.
Basira
Prête, ma petite ?
Sans attendre ma réponse, Basira a posé les cartes.
Son rituel.
On ne commence pas par les nouvelles. On commence par les cartes.
Quatre.
Le Lotus. La Gardienne. Le Feu Doux. L'Appel de la Terre.
Elle les a disposées lentement sur le tissu de soie noire.
Ses mains ne tremblent jamais.
Basira
Le Lotus dit que quelque chose de beau commence dans l'obscurité.
Pas encore visible. Mais déjà réel.
La Gardienne dit que tu dois protéger ce début. Ne pas le montrer trop tôt.
Le Feu Doux dit que la chaleur qui transforme n'est pas toujours violente.
L'Appel de la Terre dit : reviens. Toujours. Quoi qu'il arrive là-bas.
Elle a relevé les yeux.
Moi
Là-bas, j'ai répété.
Elle n'a rien ajouté. Basira rangea les cartes dans son étui en cuir. Se leva et se dirigea vers la cuisine. Comme toujours, je fis de même, sans un mot, et nous avons pris place pour le repas.
Comme chaque jeudi ou presque - Basira et moi, autour de sa petite table ronde.
Elle avait cuisiné du poulet aux épices, avec du riz et une salade de herbes fraîches.
On a parlé de Havenport.
De la boutique d'une herboriste qui venait d'ouvrir dans le Quartier Bohème.
Des nouvelles de Silas.
On n'a pas parlé de Zara.
Mais Basira a prononcé son prénom une fois, en passant.
Juste une fois.
Et elle n'a pas croisé mon regard en le faisant.
J'ai noté ça.
Cléo ne bouge presque jamais quand j'arrive ou quand je repars. Sauf que là, elle n'était pas seule, j'ai bien fait d'amener Neva et Frost.
Pixel, lui il aime flâner dans la boutique quand je l'emmène, il adore les bijoux de Basira, alors je ne sais pas si c'est les reflets des pierres et des cristaux, ou juste qu'il sent une atmosphère ancestrale.
Oui, je sais c'est une machine, mais Pixel est connectée à moi, mes émotions, et je pense qu'il ressent des choses. J'aime à le penser plus comme une part numérique de mon fort intérieur.
Au moment de partir, Cléo s'est levée et a traversé la pièce.
Lentement.
Et elle a frotté sa tête contre ma main.
Une seule fois.
Basira a souri.
Discret. Presque pour elle.
Basira
Elle sait, a-t-elle dit.
Moi
Quoi ?
Basira
Qu'il y a des voyages d'où on revient différente.
J'embrassai ma grand-mère, fait une caresse à Cléo, elle ronronna. Basira me héla en disant de ne pas oublier de prendre la photo des messages pour les Chroniques du mois.
Ce que je fis rapidement car je commençais à ressentir la fatigue de la journée. Par la pensée, je demandai à Pixel d'appeler un "Travel-Drone". Neva souffla, elle est du genre à l'ancienne... Frost lui adore ce genre de taxi autonome écologique.
Nous avons attendu en haut sur la place des Bohémiens.
C'était l'heure où la place s'éveille vraiment - les échoppes de nuit ouvrent leurs volets de bois peint, les lanternes suspendues aux balcons s'allument une à une, et l'air se charge d'odeurs de cannelle, de tabac doux et de feu de bois.
L'ambiance était au plus dense et musicale.
Des chants tziganes montaient d'un café en contrebas, des rires fusaient depuis une terrasse cachée, des sorcières en châles brodés prédisaient l'avenir à chaque coin de rue, leurs tables recouvertes de velours violet et de bougies vacillantes.
Le Drone se gara devant nous... Une fois installés à l'intérieur, une musique douce et une odeur de patchouli se diffusèrent dans l'habitacle. Une voix de femme, nous accueillit, en nous demandant si nous voulions des boissons.
Je ne prends pas souvent ce genre de transport mais c'est vrai que c'est agréable, je comprends Frost car il adore les smoothies et je dois dire qu'ils sont excellents.
J'ai repensé aux cartes dans le taxi, tout en terminant mon verre d'ananas-prune.
L'Appel de la Terre : reviens. Toujours.
Je me dis à moi même...
Je reviendrai, Basira.
Je le promets.
Voilà une journée bien remplie, qui se termine sur une note mélancolique, et si mystérieuse surtout.
Nous sommes rentrés dans le Loft sans bruit, sans mots, juste Pixel qui se posa sur son socle pour la charge de la nuit.
Neva et Frost, se mirent en boule sur le canapé et moi, je n'ai pas traîné.
Vêtements largués à même le sol, je me suis laissé tomber sur mon lit...
Plus qu'à fermer les yeux... Le silence et plus rien !
... la suite sur ma prochaine note.




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